Comment la French Tech Night réinvente l’expérience événementielle ?
Un dîner de networking sous les Nefs des Machines de l’Île, face à l’Éléphant, réunissant plusieurs centaines de dirigeants, entrepreneurs, investisseurs et acteurs de l’innovation. Sur le papier, la French Tech Night pourrait ressembler à une soirée business classique.
Mais depuis sa première édition nantaise en 2025, La Cantine x French Tech Nantes en a fait un rendez-vous où chaque détail est pensé pour créer une expérience : le lieu, le rythme, le dîner et surtout les rencontres. Alors, qu’est-ce qui transforme un événement professionnel en véritable expérience ?
Partir de l’expérience participant
Pour La Cantine, tout commence par une question simple : qu’attendent les participants de leur soirée ?
L’association interroge son public en amont, analyse les retours et ajuste le format d’une édition à l’autre. Car derrière les 450 participants de la French Tech Night, il y a autant de façons de vivre la soirée. L’enjeu est donc de personnaliser l’expérience sans la rendre trop contraignante. Cela passe notamment par le fameux « matching » des tables. Les participants sont répartis en fonction de leurs profils et de leurs enjeux, avec l’objectif de favoriser les rencontres utiles. Une application permet également de découvrir les personnes présentes en amont, sans imposer de rendez-vous préprogrammés. « Aujourd’hui, ça serait difficile pour moi d’organiser un événement sans partir des besoins des participants », explique Lise Thébault, directrice des productions événementielles de La Cantine. Même la disposition des tables a évolué entre les deux éditions : plus petites, elles permettent de mieux s’entendre et donc de mieux échanger. Pour Quentin Vallier, dirigeant de M45T et DBAM, cette approche doit être le point de départ de tout événement : « Quand on travaille par ce biais-là, on s’enlève sa casquette d’organisateur et on se met dans le rôle de l’utilisateur. » Une logique qui permet de penser aussi bien les grandes séquences que les détails les plus concrets : les flux, les espaces où s’asseoir, les temps d’attente ou encore la possibilité de poursuivre une conversation au calme.
Faire du lieu une partie de l’expérience
Pour la French Tech Night, les Nefs ne sont pas qu’un décor spectaculaire. Elles deviennent un véritable terrain de jeu. Ces anciennes halles industrielles de construction navale, aujourd’hui au cœur des Machines de l’Île, offrent une multitude d’espaces et d’ambiances. Un potentiel que La Cantine exploite pour faire évoluer le parcours au fil de la soirée. Lors de la première édition, les participants dînaient dans la rue piétonne avant de découvrir, vers 22h, la Galerie des Machines plongée dans le noir, transformée pour l’occasion par la lumière et les néons. Cette année, changement de décor : la soirée a investi les halles, avec une scénographie pensée autour de leur hauteur et des performances aériennes. « Le fait d’avoir vraiment ces espaces, les déplacements, un timing, fait qu’on amène finalement plusieurs soirées en une soirée », raconte Lise Thébault. Le choix du lieu est aussi lié à l’histoire de La Cantine. Pendant dix ans, les Nefs ont accueilli le Web2day, événement phare de l’écosystème tech nantais. Revenir ici, c’était donc aussi retrouver un lieu emblématique tout en inventant une nouvelle manière de l’habiter.
Oser, puis rendre les idées possibles
Pour que cette créativité fonctionne, encore faut-il que la technique ne devienne pas un frein. C’est notamment le rôle joué par Quentin Vallier et les équipes de M45T et DBAM : accompagner les idées de La Cantine et trouver les solutions pour les rendre réalisables. « Je pense que j’ai eu un rôle principalement de facilitateur et un rôle de rassurer un peu la Cantine quant à des choix un peu osés. » Lors de la première édition, les équipes ont par exemple dû déployer une installation technique importante dans la rue des Nefs en seulement quelques heures, avec une cinquantaine de projecteurs et une dizaine d’écrans. Un véritable défi de production, invisible pour les participants. Mais pour Quentin Vallier, la technique doit avant tout rester au service de l’expérience. « Tout est vraiment réfléchi avant tout par le prisme de l’expérience et pas par le prisme ni de la programmation ni de la technique. » Même logique pour le dîner. Le choix d’un repas gastronomique, végétarien, local et bas carbone aurait pu devenir une contrainte à gérer. Il est finalement intégré à l’expérience sans être présenté comme tel : un repas avant tout pensé pour être bon, partagé et mémorable. C’est peut-être là que se trouve l’un des enseignements de la French Tech Night : réinventer l’événementiel ne signifie pas forcément inventer de nouveaux formats. Il s’agit parfois simplement de regarder autrement ce que l’on fait déjà. Un dîner reste un dîner. Un lieu reste un lieu. Une rencontre reste une rencontre. Mais lorsque chaque détail est pensé depuis le point de vue du participant, que le lieu devient une partie du scénario et que la production accompagne la créativité plutôt qu’elle ne la limite, l’événement change de dimension.